Caritaspatrum
Accueil du siteSOURCES
Dernière mise à jour :
vendredi 25 septembre 2020
Statistiques éditoriales :
867 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
552 aujourd'hui
1903 hier
930773 depuis le début
   
« Saint Ménas, soldat et martyr. Sa vie, ses miracles, son sanctuaire »
jeudi 20 février 2020
par Jean-Claude LARCHET
popularité : 7%

Saint Ménas est un saint très vénéré dans l’Église orthodoxe, et aussi un saint majeur de l’Église copte. Soldat et martyr, de nombreux miracles se produisirent auprès de ses reliques peu de temps après sa mort, dans le siècles qui suivirent. Aujourd’hui, il est surtout invoqué pour les oublis et les pertes de mémoire, où son action se révèle d’une très grande efficacité, comme le soulignait encore récemment le regretté père Placide Deseille.

On trouvera un résumé de sa Vie dans le Synaxaire du Père Macaire de Simonos Petra en date du 11 novembre, jour de sa commémoration dans l’Église orthodoxe.

Issu d’une famille originaire de l’ancienne Nicopolis, ville du Delta du Nil, Ménas serait né vers 275 en Phrygie où son père était préfet. Enrôlé dans l’armée romaine sous l’empereur Dioclétien, il fut nommé rapidement chef de la cohorte des Rutiliaques, de la ville de Koutayia. Lorsque Dioclétien édicte de nouvelles règles de persécution des chrétiens, Ménas fit don aux pauvres des biens qu’il avait hérités de ses parents et se retira dans le désert pour y mener une vie d’ermite.

Après cinq années de solitude, il quitta en 296 sa retraite et se rendit à Cothyée, en Phrygie, un jour de grande fête où le peuple était rassemblé dans l’amphithéâtre. Il s’avança dans l’arène pour proclamer publiquement sa foi chrétienne. Le préfet fit amener cet inconnu, lui fit subir un long interrogatoire et après l’avoir torturé, le fit décapiter.

Conformément au souhait du martyr d’être enterré dans son pays, sa dépouille fut chargée sur le dos d’un chameau pour être transportée en Égypte. Près du lac Maréotis (Mariout), à environ 70 km au sud-ouest d’Alexandrie, l’animal s’arrêta et refusa obstinément d’aller plus loin. Les caravaniers y virent un signe du ciel : c’est là que le corps de Ménas fut enseveli.

Quelque temps plus tard, un berger constata que l’un de ses moutons, malade de la gale, avait été guéri après avoir traversé le lieu. Il prit de la terre de cet endroit, y mêla de l’eau et en enduisit tous les agneaux galeux ou atteints d’une autre maladie. Ils guérirent tous ! La nouvelle s’étant répandue dans l’ensemble du pays, la fille de l’empereur byzantin, gravement malade, fit le déplacement jusqu’au lieu de la sépulture miraculeuse et fut elle aussi guérie.

C’est alors que fut bâtie la première église (la “chapelle du tombeau”), dédiée à celui qui fut désormais considéré comme saint Ménas.

Un four de potier fut également construit près de la basilique pour la fabrication de petites fioles en terre cuite servant au transport de l’eau de la source voisine, aux vertus curatives. Elles furent marquées à l’effigie du saint : ”La représentation de Ménas est invariable, précise le site internet du Musée du Louvre sur sa page consacrée aux ampoules à eulogie dont il conserve quelques exemplaires : debout, vêtu de la tunique courte à manches longues maintenue à la taille par un ceinturon, les épaules couvertes de la cape militaire et les pieds chaussés de brodequins lacés. Face au spectateur, il lève les bras en signe de prière, flanqué de deux chameaux agenouillés, dans la symétrie la plus stricte. (…) La fabrication, presque industrielle, des ampoules de saint Ménas marcha bon train aux IVe et Ve siècles : les pèlerins venus des quatre coins de l’Empire achetèrent et disséminèrent cette production.”

Autour du sanctuaire et de la source, des maisons, des thermes et des cimetières furent ensuite implantés, permettant l’installation d’une population locale et le déroulement d’un pèlerinage qui connut son apogée du Ve au VIIe siècle, mais se prolongea jusqu’au XIe siècle au moins. Pour diverses raisons, le sanctuaire déclina, et au XIVe siècle les reliques du saint furent transportées dans un quartier du Vieux-Caire où fut construite une église qui lui fut dédiée. De nos jours cependant, un monastère perpétue la vénération du saint près des ruines de l’ancien sanctuaire.

Ce livre de Seÿna Bacot – diplômée de l’École des Langues et Civilisations du monde Ancien [ELCOA] en égyptien, copte et grec biblique, dont les recherches portent principalement sur des textes documentaires et des textes littéraires coptes – propose d’abord une courte étude qui introduit le lecteur à la vie de saint Ménas, à l’histoire du sanctuaire et du pèlerinage dont il fut l’objet, et à la diffusion des « ampoules à eulogie » fabriquées à l’effigie du saint.

On est un peu déçu par le manque de détails sur la vie du saint, mais ce livre a pour objet principal de présenter douze de ces miracles que les pèlerins racontaient à leur retour et qui nous ont été transmis dans deux manuscrits à l’écriture et à l’ornementation particulièrement soignées. Ils ont été rédigés en langue copte, et six d’entre eux sont traduits ici pour la première fois en français. Ces courts récits décrivent avec précision le quotidien des pèlerins dans un environnement historique et géographique bien défini. La langue et le style de ces textes pleins de vie, mélanges de spontanéité et de sérieux, traduisent fort bien la dévotion simple mais profonde des pèlerins de ce saint lieu.

Deux miracles plus récents, qui ne figurent pas dans ce livre (où sont seulement traités des manuscrits anciens) méritent d’être signalés :

Pendant les troubles qui suivirent la révolution grecque et les sanglantes répressions déclenchées par les Turcs (1826), certains Turcs d’Héraklion en Crète décidèrent de massacrer les chrétiens qui s’étaient rassemblés dans la cathédrale dédiée à saint Mènas pour célébrer la fête de Pâques. Alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans l’église, saint Mènas leur apparut sous l’aspect d’un cavalier redoutable brandissant une épée. Il sema la panique parmi les Turcs et délivra les chrétiens. En signe de reconnaissance, les fidèles d’Héraklion célèbrent chaque année ce miracle le mardi de Pâques.

Plus récemment, pendant les combats qui eurent lieu en Afrique du Nord (1942), les troupes nazies commandées par le général Rommel, en route pour Alexandrie, firent halte près d’un lieu nommé El-Alameïn (déformation arabe du nom de saint Ménas), où se trouvaient les ruines d’une ancienne église qui lui était dédiée. En face des milliers de soldats allemands puissamment armés, se trouvaient de faibles forces alliées, parmi lesquelles se figuraient quelques Grecs. L’issue de l’affrontement qui se préparait semblait certaine. Or, la nuit venue, saint Mènas apparut au milieu du camp allemand à la tête d’une caravane de chameaux, exactement comme il était représenté sur une des fresques de l’église. Cette apparition jeta la stupeur, puis la panique parmi les Allemands, et atteignit si fort leur moral que les alliés remportèrent brillamment la victoire. En reconnaissance, on restaura l’église du saint et l’on fonda sur les lieux un petit monastère.

Jean-Claude Larchet

source : orthodoxie.com

 
Articles de cette rubrique
  1. « Les « Propos sur la contrition » de Jean Chrysostome et le destin d’écrits de jeunesse méconnus »
    20 mai 2010

  2. « L’Eucharistie, école de vie » chez Jean Chrysostome
    15 février 2010

  3. Origène, « Commentaire sur l’Épitre aux Romains », vol. I, Livres I-II.
    20 février 2010

  4. Les symboles du christianisme ancien (Ier-VIIe siècle) de Gérard-Henry Baudry.
    10 avril 2010

  5. Grégoire le Grand, « Morales sur Job ». Sixième partie (Livres XXX-XXXII).
    20 juin 2010

  6. Paroles et exemples des Anciens. Recueil ascétique de Paul Evergétinos
    20 juillet 2010

  7. « Paroles et exemples des Anciens. Recueil ascétique de Paul Evergétinos », tomes 3 et 4.
    20 août 2010

  8. « La tradition grecque de la Dormition et de l’Assomption de Marie ».
    20 septembre 2010

  9. Jean Damascène, « La Foi orthodoxe »
    20 octobre 2010

  10. Actes et passions des martyrs chrétiens des premiers siècles
    20 novembre 2010

  11. Philippe Henne, « La Bible et les Pères »
    20 décembre 2010

  12. Maxime le Confesseur, « Questions à Thalassios (I-XL) ».
    25 janvier 2011

  13. Grégoire de Nysse, « Contre Eunome, I » (vol. 2)
    25 février 2011

  14. Stephane Bigham, « Les images chrétiennes »
    25 mars 2011

  15. Patristique et oecuménisme : thèmes, contextes, personnages
    20 avril 2011

  16. Philippe Henne, « Tertullien l’Africain »
    20 mai 2011

  17. Clément d’Alexandrie, « Quel riche sera sauvé ? »
    25 juin 2011

  18. « L’Antichrist ». Anthologie introduite par Cristian Badilita
    25 juillet 2011

  19. Alexandre Faivre, « Chrétiens et Eglises, des identités en construction ».
    15 septembre 2011

  20. Origène, « Commentaire sur l’Épître aux Romains, tome III, Livres VI-VIII »
    25 octobre 2011

  21. Évagre le Scholastique, « Histoire ecclésiastique - Livres I-III »
    30 novembre 2011

  22. Riches et pauvres dans l’Église ancienne
    30 janvier 2012

  23. Saint Maxime le Confesseur (580-662)
    20 mars 2012

  24. Recension « Les Pères de l’Eglise et la chair »
    20 avril 2012

  25. Patristique et œcuménisme : thèmes, contextes, personnages.
    15 juin 2012

  26. Textes en ligne des Pères dans la Foi - sur Migne.fr
    15 juillet 2012

  27. « Basile le Grand » de Philippe HENNE
    20 juillet 2012

  28. Antonio Orbe, « Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles »
    20 août 2012

  29. Maxime le Confesseur, « Questions à Thalassios », vol. 2
    20 octobre 2012

  30. Recension : Cyprien de Carthage, « Ceux qui sont tombés »
    20 novembre 2012

  31. Grégoire de Nysse, « Contre Eunome », II.
    15 décembre 2013

  32. Origène, « Commentaire de l’épître aux Romains », Livres IX-XI.
    20 décembre 2012

  33. Jean Chrysostome, « Homélies sur la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte », tome 1.
    15 mars 2014

  34. Amphiloque d’Iconium, Homélies – Fragments – Lettres
    15 février 2013

  35. « Divine liturgie de saint Jacques, Frère du Seigneur en slavon et en français »
    5 juillet 2014

  36. « La lettre au service du Verbe ». Correspondance de Paulin de Nole.
    25 avril 2013

  37. Philippe Henne, « Le vertige divin. La saga des stylites »
    5 août 2014

  38. Anastase le Sinaïte, « Trois homélies », suivies de « Questions et réponses spirituelles et pastorales choisies ».
    20 juillet 2013

  39. « Prier quinze jours avec Jean Chrysostome » de Laurence Brottier.
    15 octobre 2014

  40. « Constantin le Grand. Empereur romain, empereur chrétien »
    20 août 2013

  41. « Discours ascétiques. Commentaires » d’Abba Isaïe.
    25 novembre 2014

  42. Eusèbe de Césarée, « Vie de Constantin ».
    20 octobre 2013

  43. Hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, « Le Synaxaire. Vie des saints de l’Église orthodoxe »
    25 janvier 2015

  44. Jean Chrysostome , « L’impuissance du diable ».
    20 novembre 2013

  45. Recension : Guillaume BADY, « Jean Chrysostome, Trop occupé pour t’occuper de ta vie ?
    20 avril 2015

  46. Père Théodore Papanicolaou, « La vision de la mort à la lumière des Pères de l’Eglise »
    25 mai 2015

  47. Grégoire de Nysse, Éloge de Grégoire le Thaumaturge. Éloge de Basile.
    25 décembre 2015

  48. Ambroise de Milan, « La fuite du siècle »
    10 février 2016

  49. Maxime le Confesseur, Questions à Thalassios,
    10 mars 2016

  50. Michel Quenot, « Maladie et guérison : les saints médecins anargyres »
    15 octobre 2016

  51. Pseudo-Denys l’Aréopagite « Les Noms divins, I-IV », « Les Noms divins V-XIII – La Théologie mystique »
    5 décembre 2016

  52. Philippe Henne, « Clément d’Alexandrie »,
    5 janvier 2017

  53. Grégoire de Nysse, « Réfutation de la profession de foi d’Eunome ».
    10 février 2017

  54. Cyrille d’Alexandrie, « Contre Julien », tome Il, livres III-V.
    25 avril 2017

  55. Grégoire Palamas, « Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit »
    25 mai 2017

  56. Isidore de Péluse, « Lettres, tome III, 1701-2000 »
    10 octobre 2017

  57. Evagre le Pontique, « Chapitres sur la prière ».
    10 décembre 2017

  58. Évagre le Pontique, À Euloge – Les vices opposés aux vertus.
    15 janvier 2018

  59. Grégoire de Nysse, Lettre canonique. « Lettre sur la Pythonisse » et autres lettres pastorales.
    10 février 2018

  60. Patrick Koelher, « Sainte-Odile. Le mont et les grâces »
    10 juillet 2018

  61. Jean Chrysostome, « Panégyriques de martyrs », tome I
    5 août 2018

  62. Grégoire de Nysse, « Homélies sur le Notre Père »
    5 septembre 2018

  63. Recension : Saint Grégoire Palamas, « Les Cent cinquante chapitres »
    10 janvier 2019

  64. Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur saint Jean. Tome I (Livre I)
    5 mars 2019

  65. Origène et la fonction révélatrice du Verbe incarné
    5 juin 2019

  66. L’Abeille et l’acier, Clément d’Alexandrie et Origène
    15 juillet 2019

  67. « Symphonia » La concorde des textes et des doctrines dans la littérature grecque jusqu’à Origène
    20 août 2019

  68. Sources Chrétiennes. Apport grec et latin à la culture européenne
    25 septembre 2019

  69. Recension : Grégoire de Nysse, « Trois oraisons funèbres » et « Sur les enfants morts prématurément ».
    10 octobre 2019

  70. « Le Cantiques des cantiques » dans la Septante
    10 novembre 2019

  71. « Vision que vit Isaïe », collection « La Bible d’Alexandrie »
    10 décembre 2019

  72. « Saint Ménas, soldat et martyr. Sa vie, ses miracles, son sanctuaire »
    20 février 2020