Grégoire de Nysse
2e Homélie sur l’amour des pauvres
vendredi 9 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

Voyez les lépreux : l’affreuse maladie les a métamorpho­sés en bêtes ; au lieu d’ongles, elle leur a mis des morceaux de bois aux mains et aux pieds. Etranges empreintes laissées sur nos routes ! Qui reconnaîtrait là un pas humain ?

Ces gens qui hier se tenaient droits, et regardaient vers le ciel, les voici aujourd’hui recourbés à terre, marchant à quatre pattes, quasiment changés en bêtes : écoutez le souffle rauque qui sort de leur poitrine ; c’est ainsi qu’ils respirent. Mais avouons-le : leur condition est pire que celle des ani­maux. Au moins les bêtes conservent-elles en général jusqu’à leur mort, l’aspect qu’elles avaient à la naissance. Aucune d’elles ne subit par suite de quelque avatar, un si profond bouleversement…

Leurs mains leur servent de pieds. Leurs genoux deviennent talons, leurs chevilles et leurs orteils, s’ils n’ont été complètement rongés, ils les traînent misérablement comme les chaloupes que tirent les navires. Tu vois là un homme et en lui tu ne respectes pas un frère ? Non, tu ne plains pas un être de ta race, son mal ne t’inspire qu’horreur, sa prière t’est odieuse et tu fuis son abord comme l’assaut d’un fauve.

Grégoire de Nysse, Seconde homélie sur l’amour des pauvres.