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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
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dimanche 20 septembre 2020
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VIENT DE PARAITRE
mardi 15 septembre

Bernadette CABOURET

LA SOCIETE DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT : IVe-VIe SIECLE

On peut choisir d’étudier l’Empire romain par le biais des événements généraux et des vicissitudes militaires ou politiques, on peut faire l’histoire des grands hommes en suivant des sources antiques qui les ont privilégiés. Mais on peut aussi s’intéresser aux composantes anonymes de la société qui a incarné cette histoire. Les femmes et les hommes qui ont peuplé villes et campagnes de l’Orient romain sont ici présentés en une période particulière, celle de l’Antiquité tardive. Pourquoi l’Antiquité tardive ? C’est une époque de bouleversements et de profonds remaniements : le gouvernement impérial devient un dominat, l’Etat impose des contraintes qui sont vivement ressenties et l’économie se transforme, la séparation est consommée entre l’Orient et l’Occident et le christianisme modifie les comportements, les pensées, bref paraît irriguer et informer la société.

Éditeur : Presses Universitaires Rennes

ISBN : 978-2753579835

 
L’Eglise d’Aquitaine au Ve s. ou de l’art de gérer les transitions
vendredi 10 mars 2017
par Pascal G. DELAGE
popularité : 5%

Grandeurs et servitudes de l’épiscopat aquitain.

Il semble bien que les évêques d’Aquitaine comme ceux du reste de la Gaule se soient réjouis de la montée en puissance d’un roi pro-catholique, véritable « nouveau Constantin » et prêchant même la croisade « anti-arienne » si l’on en croit Grégoire de Tours : « C’est avec beaucoup de peine que je supporte que ces Ariens occupent une partie des Gaules. Marchons avec l’aide de Dieu et quand ils auront été vaincus nous soumettrons leur terre à notre domination » [1]. Les évêques ne se firent donc pas tirer l’oreille pour participer au premier concile « franc » convoqué par Clovis le 10 juillet 511. On y retrouve là Pierre de Saintes, Cronopius de Périgueux, Adelfius de Poitiers, Lupicinus d’Angoulême et Cyprianus de Bordeaux, le métropolitain de l’Aquitaine Seconde. Les canons de ce concile sont des réponses circonstanciées à des questions précises que posait Clovis comme la réintégration des prêtres ariens (c. 10) ou le statut des bénéficiaires du droit d’asile (c. 1-3). Le concile rappelle que l’Eglise est classiquement composée de laïcs et de clercs, mais de façon plus surprenante le canon 4, inspiré par le nouveau pouvoir, précise qu’il est interdit « d’ordonner un laïc ». Ce qui pose un problème. Ne pourront donc être clercs que des fils ou des petits-fils de clercs. Or l’Eglise depuis plus d’un siècle décourage le mariage des clercs. Fort heureusement le même c. 4 prévoit un compromis : un laïc pourra être finalement ordonné mais et seulement avec la permission du roi ou de son représentant (le comte). A Orléans, Clovis s’affiche donc non seulement comme le protecteur de l’Eglise catholique, la seule qui ait le droit d’exister, mais le roi franc se donne surtout le moyen d’une Eglise qui soit entièrement acquise à sa cause, chaque nomination épiscopale devant être avalisée par le pouvoir royal.

Nous en avons un exemple précoce pour notre région avec l’évêque Aphtonius d’Angoulême nommé vers 542/3 et qui, selon la Chronique d’Adhémar de Chabane (1, 16), aurait été un ancien officier du roi franc. Cette nomination allogène est peut-être à mettre en lien avec la zone de peuplement franc repérée entre Saintes et Angoulême (nécropoles de Chadnier, Biron, Herpes). Vers 566, toujours à Angoulême, lui succède un autre Franc, Maracharius, qui était jusque-là le comte de la cité. C’est d’ailleurs plutôt un bon évêque qui se dépense pour l’évangélisation et « construit de nombreuses églises et maisons religieuses ». Il meurt au bout de 7 ans d’épiscopat ayant été empoisonné – pense-t-on – par celui qui allait lui succéder, Fronton. Ce dernier ne survécut que quelques mois à la mort de Maracharus. Il s’en suivra une guerre privée entre le nouvel évêque d’Angoulême, Héraclius, et le neveu de Marachius, le nouvel évêque d’Angoulême récusant la thèse du complot [2]. Cette guerre fit de nombreux morts et ne prit fin qu’avec la mort imprévue – et donc miraculeuse – du neveu, Nanthin (celui-ci en avait surtout après les biens que son oncle Maracharius avait légué à l’Eglise d’Angoulême). Vers 583/4, Bordeaux reçoit comme évêque un personnage au lignage prestigieux, un prince franc, Bertranchmus, le fils d’Ingitrude, la sœur de la reine Ingonde (Bertrand était donc le cousin germain des rois Caribert, Gontran et Sigisbert). A la même époque, nous observons d’autres nominations de prélats d’origine franque tant à Poitiers (Marovée vers 570), qu’à Périgueux (Saffarius vers 590) ou Toulouse (Magnulphe vers 580).

 

[1] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 37

[2] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 5, 36