Agacements machistes...
dimanche 1er mars 2009
par Annie WELLENS

Si ta santé est bonne, tant mieux, la mienne est bonne : cette salutation, Bacchus très cher, si familière à des correspondants fidèles, résonne d’autant plus fortement que je t’espère, en ce jour, victorieux de la maladie. Vera et moi nous prions le Roi des vertus, la Source des choses, la Puissance suprême ainsi que le chante notre hardi Colomban dans son Chant des marins, de vous protéger de toute embûche jusqu’à notre rencontre prochaine à Mediolanum Santonum.

J’ai fait un rêve : nous rejoindre à l’ouest de Tolosa, au lieu-dit Primuliacum qui fut le théâtre de la rencontre entre Sulpice Sévère, Postumien et Gallus. Nous pourrions ainsi nous préparer à le journée d’études martiniennes du 21 mars en lisant leurs dialogues voués à la défense de l’honneur de Martin. « Oui, nous le pouvons » m’a assuré mon intrépide Vera quand je lui eus raconté mon songe, « il suffit que nos amis en arrivant à Augustoritum continuent vers Burdigala au lieu de rejoindre Mediolanum Santonum, et de Burdigala ils parviendront aisément à Tolosa. Mon oncle Airbus qui a là-bas un important négoce me dit que la voie est rapide et sûre entre les deux cités depuis l’arrivée des Francs ». Mais votre route est déjà bien longue alors que nous sommes quant à nous presque voisins de la cité des Santons, et je ne veux pas faire peser sur vous un surcroît de fatigue : ne quittez donc pas la via Agrippa ou, comme préfère l’appeler Vera, le « chemin pierré ». Maintenons notre jonction à la Domus Diocesana où vont se presser les auditeurs de cinq maîtres, grands connaisseurs de l’épiscope de Tours. Vera, décidément intarissable, me souffle qu’interviendra aussi une sixième voix, féminine celle-là, et qu’il convient de la citer à égalité avec les cinq autres. Je me demande, Bacchus mon ami, où s’arrêtera l’impertinence de mon épouse. L’impatience qu’elle manifeste à l’idée de revoir ta Silvania me fait penser que nous devons, toi et moi, nous préparer à de rudes débats.

Les visites de plus en plus fréquentes que nous effectuons sur le site de Caritaspatrum ne sont pas sans effets (je n’ose pas aller jusqu’à les qualifier de « pernicieux » car la joute ne me déplaît pas…) sur cette inclination féminine à la disputatio. Je gage que d’ici quelques siècles « elles » auront réussi à en faire une méthode d’étude. Mais il serait temps que se pondère la féminisation des différents lieux du site tant aimé, telle la procession martyriale de Ravenne récemment rejointe par Crispina de Tagore, car ces femmes, toutes martyres soient-elles, manifestent un caractère presque trop bien trempé. De plus, Marie-Madeleine étudiée comme nouvelle Eve par le professeur Lamirande en ajoute aussi pour ce qui est d’une présence féminine influente. Et, j’en prends conscience en te l’écrivant, non seulement les chronicae wellensis sont rédigées par une femme (j’avoue que sa dernière épître m’a encore réjoui : un sermon du futur épiscope de Frédélas) mais, de plus, Françoise Thelamon occupe maintenant une place de choix, s’entretenant avec Cécilia Belis-Martin. Je m’interroge sur ce dernier nom, me demandant s’il ne s’agit pas d’un nom d’emprunt : Cecilia fait partie de la procession ravenate et quant à Martin, on ne parle que de lui en ces lieux depuis des lunes. Mais « Belis » m’échappe. Aurais-tu quelques lumières, toi qui t’intéresses à la généalogie ?

Si tu n’as pu te rendre compte par toi-même des « images animées en mouvement » dont te parlait ton épouse au sujet de l’Apocalypse, tu pourras goûter, outre les images parlantes, un excellent commentaire écrit par Alexandre Faivre en appelant à l’intelligence critique des lecteurs.

Nous partirons le 19 mars pour vous attendre à la porte de la Domus Diocesana le 21. Tu peux imaginer le zèle joyeux qui nous agite. Vera a déjà préparé nos bagages. Puisque l’arrivée du printemps accompagnera nos retrouvailles j’emprunte au trésor hymnologique de Dracontius ces quelques lignes en guise de salutation finale : Ici, un printemps perpétuel modère les brises ordinaires/ Pour que les feuillages ne souffrent pas et que tous les fruits mûrissent… Le miel d’un nectar céleste suinte des arbres/ Et déjà les tentants breuvages futurs pendent aux feuilles. Dracontius évoque le jardin du Paradis, mais tu constateras que notre pays des Santons s’en approche. Porte-toi bien.

Bessus