Caritaspatrum
Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEAu Ve et VIe siècle en Aquitaine.
Dernière mise à jour :
mardi 15 septembre 2020
Statistiques éditoriales :
866 Articles
1 Brève
78 Sites Web
68 Auteurs

Statistiques des visites :
376 aujourd'hui
1379 hier
919356 depuis le début
   
Brèves
VIENT DE PARAITRE
mardi 15 septembre

Bernadette CABOURET

LA SOCIETE DE L’EMPIRE ROMAIN D’ORIENT : IVe-VIe SIECLE

On peut choisir d’étudier l’Empire romain par le biais des événements généraux et des vicissitudes militaires ou politiques, on peut faire l’histoire des grands hommes en suivant des sources antiques qui les ont privilégiés. Mais on peut aussi s’intéresser aux composantes anonymes de la société qui a incarné cette histoire. Les femmes et les hommes qui ont peuplé villes et campagnes de l’Orient romain sont ici présentés en une période particulière, celle de l’Antiquité tardive. Pourquoi l’Antiquité tardive ? C’est une époque de bouleversements et de profonds remaniements : le gouvernement impérial devient un dominat, l’Etat impose des contraintes qui sont vivement ressenties et l’économie se transforme, la séparation est consommée entre l’Orient et l’Occident et le christianisme modifie les comportements, les pensées, bref paraît irriguer et informer la société.

Éditeur : Presses Universitaires Rennes

ISBN : 978-2753579835

 
L’Aquitaine à l’heure des peuples germaniques.
dimanche 20 novembre 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 3%

Ces aristocrates arrivent finalement à bien trouver leur place dans les cercles du pouvoir goth. Le propre fils de Sidoine Apollinaire, Apollinaris, sera un des principaux duces d’Alaric II avant de devenir - pour peu de temps - évêque de Clermont en 515. En effet à défaut de trouver une place dans l’administration royale, ces nobles aquitains se mettront au service des Eglises locales comme ce Ruricius de Gourdon qui deviendra évêque de Limoges vers 485. Ruricius était apparenté à la très prestigieuse famille romaine des Anicii [8] qui donna un empereur éphémère à Rome en 452 et il avait pour épouse une descendante d’un Comes Orientalis de la fin du IVe siècle. De leur union, descendront de très nombreux évêques que nous retrouverons tant sur les sièges de Tours (Ommatius en 522), de Nantes (Nonnechius avant 596), d’Angoulême (Namatius vers 625) ou de Bourges (Ruricius en 520). Mais ne nous trompons pas : il ne s’agit pas tant d’une main mise de l’aristocratie sur les sièges épiscopaux que d’un « reclassement » socioprofessionnel, ce qui n’exclut pas un souci réel d’évangélisation et de vie spirituelle chez ces grands aristocrates. Ils sont en effet en première ligne dans ce mouvement de christianisation qui marginalise les croyances et les pratiques traditionnelles de leurs paysans.

Oratoire de la domus seigneuriale ou église paroissiale, c’est le maitre du lieu qui est à l’origine de la construction. Intéressant à ce propos est le portrait que trace Sidoine Apollinaire du spectabilis Germanicus en 470 : J’ai visité tout dernièrement l’église de Chantelle (Allier) à la prière du sénateur Germanicus. Il est facilement le premier des habitants de ce lieu, et bien qu’il laisse déjà derrière lui douze lustres, chaque jour grâce à sa mise et son élégance raffinées, non seulement il rajeunit mais il retrouve en quelque sorte l’adolescence… . Débordant de santé, l’homme n’a pas trop envie de s’engager dans une vie trop religieuse, Sidoine le met en garde : Père d’un prêtre et fils d’un évêque, il arrivera en effet s’il ne choisit pas la sainteté qu’il ressemble à l’églantier qui, né de rose et donnant naissance à des roses et tenant le milieu entre elles, demeure dans les buissons épineux qu’on peut comparer aux buissons épineux du péché [9]. Toujours dans ces mêmes années 470, l’évêque de Clermont est invité à consacrer un baptistère rural que vient de faire bâtir le « très sublime et très magnifique » Elaphius, un haut-fonctionnaire d’Euric II que Sidoine félicite chaleureusement pour son geste : « C’est en effet de votre part un acte exemplaire que de construire de nouveaux bâtiments d’églises en un temps où d’autres oseraient à peine réparer les anciens » [10]. Ce sanctuaire a été localisé à Chastel-sur-Murat, un castellum (forteresse) à la frontière des cités de Clermont et de Cahors.

Au Ve siècle, à côté de la cathédrale plus ou moins monumentalisée dans le chef-lieu de la cité, nous trouverons donc des espaces chrétiens dans les villae des seigneurs, dans des lieux fortifiés (castra/castelli), les ancêtres de nos châteaux-forts, et très probablement dans les agglomérations secondaires (les vici) lorsque ces églises ont été fondées avant l’arrivée des Goths : Blaye, Rions, Langon, le Mas-d’Agenais ou encore Civaux en Poitou. Reste encore une forme originale de présence chrétienne dans les campagnes initiée par le vétéran Martinus à Ligugé, le monachisme qu’il soit suburbain ou perdu au fin fond d’une campagne réputée hostile. Au début du Ve, à Saintes (plutôt qu’à Saujon), un premier monastère aurait été fondé par un Martin que l’on disait disciple de Martin de Tours [11]. Dans la seconde moitié du Ve siècle, Junien s’établit à Commodoliacus, un domaine donné par l’évêque de Limoges Ruricius, où il demeurera pendant plus de 40 ans, tout comme Adjutor/Maxentius, un méridional venu d’Agde vers 480, partagera la vie d’une communauté religieuse fondée un peu plus tôt vers 450 par le prêtre Agapetus dans le sud du diocèse de Poitiers [12]. Cette dernière communauté était placée sous le patronage de Saturninus, le grand saint de Toulouse alors la capitale du Royaume. L’un et l’autre monastère donneront naissance à des villes (Saint-Junien et Saint-Maixent respectivement en Haute-Vienne et en Vienne) encore importantes de nos jours, ce qui ne sera pas le cas pour la fondation de Vaize au nord de Saintes, fondation qui ne survécut pas à l’assassinat de son initiateur. En effet, les propres membres de sa famille ne voyaient pas d’un bon œil la dilapidation du patrimoine familial, pour peu que cette tradition relative à saint Vaize ait quelques fondements historiques.

 

[8] cf. Fortunat, Carmen 4, 5

[9] Ep. 4, 13

[10] Ep. 4, 15

[11] cf. Grégoire de Tours, De la Gloire des Confesseurs, 47

[12] cf. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 37