Valeria de Milan
vendredi 20 janvier 2017
par Pascal G. DELAGE

Le culte de Valeria est intimement lié au cycle des deux martyrs milanais dont l’évêque Ambroise retrouva la tombe fort providentiellement, le mercredi 17 juin 386, au plus fort de la crise des basiliques qui opposa le pasteur catholique à la régente de tendance arienne. Jusqu’à cette date, l’Eglise de Milan ne conserve la mémoire que de deux martyrs, Felix et Nabor, quand deux saints se manifestèrent à Ambroise : « C’est vers la même époque que les saints martyrs Gervais et Protais se sont révélés à notre évêque. Ils avaient en effet été placés dans la basilique où sont aujourd’hui les corps des martyrs Nabor et Félix. Mais si l’on venait en masse rendre un culte aux saints Nabor et Félix, en revanche l’on ignorait si bien le nom des martyrs Gervais et Protais, et même le lieu de leur sépulture, que marchaient sur leur tombes tous ceux qui voulaient arriver aux balustrades qui préservaient de dommages les tombes des saints martyrs Nabor et Félix » [1]. Ambroise fait ouvrir le sol : « Nous avons trouvé deux hommes d’une remarquable grandeur comme en produisaient les temps anciens. Tous leurs os étaient intacts. Il y avait beaucoup de sang » [2] Se produisent alors exorcismes et miracles qui authentifient la sainteté des deux défunts.

Inhumés dans une ancienne nécropole, identifiés par l’évêque comme des victimes d’une persécution religieuse, les deux corps furent transportés d’abord dans la basilique de Fausta (c’est à dire élevée par les soins d’une riche matrone du nom de Fausta) puis dans une nouvelle église qu’Ambroise avait commencé à bâtir quatre ans auparavant : maintenant terminée, il ne restait plus qu’à célébrer la dédicace. N’y manquait que les reliques indispensables à la consécration : le ciel y pourvut. Sincèrement convaincu d’avoir été puissamment épaulé par les saints dans son opposition à l’impératrice Justine, Ambroise finit par triompher des milieux ariens de la Cour grâce à ses corps « cachés et gardés intacts pendant tant d’années dans le trésor de Son mystère pour les révéler le temps venu afin de dompter la rage d’une femme qui était aussi une reine » [3].

On ignore à quelle date le culte de la martyre Valeria fut associé au cycle des martyrs milanais : on fit alors d’elle l’épouse de Vitalis – un martyr lié à l’Eglise de Ravenne où lui fut consacrée par l’évêque Maximien une superbe basilique en 548 – et la mère des deux frères Gervais et Protais. Toutefois cette assimilation avait dû être réalisée avant le VIe siècle comme en témoigne la place privilégiée de Valeria dans la procession ravennate. Vitalis fut lui aussi « acclimaté » à l’Eglise de Milan où la basilique de Fausta prit au Moyen-âge le nom de S. Vital. Selon la légende milanaise, peu de temps après le martyre de son époux à Ravenne où il avait été enterré vivant, Valeria reprit le chemin de Milan mais elle fut arrêtée en cours de route par des paysans qui célébraient un culte agreste. Refusant de sacrifier avec eux, elle fut si sévèrement frappée et molestée qu’elle en mourut deux jours plus tard lors de son arrivée à Milan.

Une autre tradition fait de Valeria une vierge romaine issue de la noblesse et baptisée en son jeune âge. Participant avec d’autres vierges et des clercs à l’ensevelissement des martyrs, elle fut découverte par des soldats qui la conduisirent dans les geôles du Préfet. Après avoir été durement torturée, elle fut décapitée dans le Colisée avec de nombreux autres martyrs (en fait il semble bien qu’aucun chrétien ne fut exécuté dans cet amphithéâtre réservé aux combats de gladiateurs) avant d’être ensevelie dans les catacombes de Saint-Sébastien sur la Via Appia.

Le culte de Valérie de Limoges est encore plus tardif se rattachant à la Vita prolixior de saint Martial (aux alentours de l’an Mil). Fille de Leocadius, gouverneur de la cité de Limoges, elle devint très tôt orpheline quand sa mère Suzanna accueillit dans leur demeure un missionnaire chrétien du nom de Martialis (Martial). Gagnée à la nouvelle foi, Valérie en vint à refuser d’épouser un haut fonctionnaire romain à qui elle avait été promise. Ce dernier accusant sa fiancée d’inconduite, la fit condamner à mort. Décapitée sur le champ, un miracle ne tarda pas à se produire : le bourreau fut frappé par la foudre divine et mourut, Valérie ramassa sa tête et marcha jusqu’au puy Saint-Étienne où saint Martial célébrant la messe, lui ouvrit les portes du ciel.

[1] cf. Paulin, Vie d’Ambroise, 14

[2] cf. Ambroise, Ep. 77, 2.

[3] cf. Augustin, Confessions, 9, 16