Caritaspatrum
Accueil du siteCHRONICAE WELLENSIS
Dernière mise à jour :
samedi 10 avril 2021
Statistiques éditoriales :
891 Articles
1 Brève
82 Sites Web
70 Auteurs

Statistiques des visites :
893 aujourd'hui
1653 hier
1165873 depuis le début
   
Intelligence de la louange (II)
jeudi 16 octobre 2008
par Annie WELLENS
popularité : 2%

Troisième mouvement

Un doute légitime pourrait s’insinuer : ne risquons-nous pas de tomber dans une certaine ivresse conquérante ou au contraire souffrir du mal des montagnes, celui qui engendre bourdonnements d’oreilles, nausées, lassitude et dont les risques croissent avec la progression en altitude ? Traduction spirituelle à l’école des Pères du désert : la vaine gloire ou « gloire creuse » annonciatrice du redoutable orgueil, nous guette sur un versant et sur l’autre, la pusillanimité ou petitesse d’âme révélatrice de l’acédie, ce terrible dégoût des choses divines, nous attend au tournant. Convient-il de ne plus bouger pour éviter de basculer dans l’une ou l’autre tentation ? Deux scènes bibliques nous éclairent. Dans la première, le prophète Ézéchiel reproche, de la part de Yahvé, au roi de Tyr de s’être fait par orgueil un cœur semblable au cœur de Dieu en oubliant qu’il est « un homme » (Bible de Jérusalem) ou qu’il est « homme » (TOB) (à noter qu’Ézéchiel ne dit pas, au moins dans plusieurs traductions dont celles que je viens de citer, « tu n’es qu’un homme »). C’est pourquoi Yahvé va faire venir contre lui des étrangers, les plus barbares des nations. Ils tireront l’épée contre ta belle sagesse, ils profaneront ta splendeur. Ils te feront choir dans la fosse et tu mourras de mort violente. Suit une complainte ou lamentation sur le roi de Tyr , très belle, où Yahvé s’émerveille de la vocation à laquelle il avait appelé cet homme au jour de sa création. Certes, le texte est violent après la constatation de la chute du roi (au point que des commentateurs chrétiens l’ont assimilée à celle de Lucifer) : Tu es devenu un objet d’effroi, c’en est fait de toi à jamais, mais frissonnent à travers cette complainte (ce n’est pas la seule chez Ézéchiel) comme un regret, une peine devant tant de gâchis. Et je n’ai pu m’empêcher d’entendre à ce moment précis la rumeur marine engendrée par la profession de foi d’Isaac le Syrien : Dieu est un Amour sans mesure et sans limites, plus abondant que l’océan, Il demeure fidèle en dépit de tout à sa Création. Ce que l’on nomme « châtiments » dans la Bible relève d’une haute pédagogie désirant l’accord entre la liberté humaine et celle de Dieu. La vague syriaque a reflué pour laisser place au flux claudélien en parfait accord, bien que Claudel n’ait sans doute pas lu Isaac : pour la créature sanctifiée tout se rapporte à Dieu, tout contribue à son plan, la souffrance, la mort, le péché. Un commentaire saisissant dépeint Satan essayant de s’arracher à son créateur : J’ai beau me tourner et me plier et me replier sur moi-même , je ne trouve rien ni ailleurs ni en moi qui soit autre que reçu. C’est bien là le cœur de son drame.

Dans la deuxième scène biblique, tirée du deuxième Livre des Chroniques, le roi Josaphat prend peur de la foule immense des ennemis qui se rassemblent contre lui et son peuple. Josaphat prit peur et se tourna vers Yahvé. Il rassemble tous les habitants de Juda et de Jérusalem (et même, dit le texte, leurs familles, leurs femmes et leurs fils) dans le Temple et en appelle à Yahvé, Dieu de leurs pères qui a fait alliance avec eux : Nous, nous ne savons que faire, aussi est-ce sur toi que se portent nos regards. L’Esprit de Yahvé inspire un chantre, Yahaziel, qui engage les Judéens à descendre le lendemain au combat sans crainte, mais… ils n’auront pas à combattre, ils auront seulement à regarder le salut que Yahvé leur réserve. Après le message délivré par le chantre inspiré, tous se prosternent pour adorer Dieu et les lévites se mirent alors à louer Yahvé, Dieu d’Israël à pleine voix. Le lendemain matin, Josaphat tient conseil avec son peuple et, pour descendre contre leurs ennemis, plaça au départ, devant les guerriers, les chantres de Yahvé qui le louaient, vêtus d’ornements sacrés, en disant « Louez Yahvé car éternel est son amour. Lorsqu’ils arrivent sur les lieux du combat ils constatent que tous leurs ennemis se sont entretués.

Serait-ce un appel à la démission de l’homme, à un usage presque magique de la louange ? Ces deux soupçons ne sont guère recevables lorsqu’on fréquente l’ensemble des sentiers bibliques. Et si l’on s’en tient à ce seul texte on repère vite que Josaphat ne reste pas les deux pieds dans la même sandale : il prend ses responsabilités non sans demander l’avis de son peuple, mais tous ses choix se décident à la lumière de la Parole de Dieu reçue et accueillie après avoir fait mémoire de l’Alliance vécue avec Yahvé depuis les origines. Augustin, dans un Sermon pour le temps pascal, encourage à chanter la louange, en l’occurrence l’Alléluia, mais non pas de façon statique : Heureux alors, l’Alléluia ! Vie paisible, sans adversaire ! …Là-haut, louange à Dieu, et ici-bas, louange à Dieu. Mais ici au milieu des soucis, et là dans la paix. Ici par des hommes destinés à mourir, là par ceux qui vivront toujours ; ici en espérance, là en réalité ; ici sur le chemin, là dans la patrie. Chantons donc…non pour agrémenter notre repos, mais pour alléger notre travail. C’est ainsi que chantent les voyageurs : chante mais marche.

 
Articles de cette rubrique
  1. Augustin, coach !
    15 mai 2008

  2. La tyrannie du partage
    25 mai 2008

  3. Les mots de la bouche
    2 août 2008

  4. Intelligence de la louange (I)
    4 septembre 2008

  5. Intelligence de la louange (II)
    16 octobre 2008

  6. Au secours, Jean Damascène !
    16 novembre 2008

  7. Des anges dans nos campagnes
    22 décembre 2008

  8. Le sermon aux motards du futur Mgr Mousset
    22 janvier 2009

  9. Excès d’assurance
    22 février 2009

  10. Je ne pèche plus, je rate ma cible...
    25 mars 2009

  11. De l’usage du pastis en philosophie
    25 avril 2009

  12. L’acédie quel souci !
    25 mai 2009

  13. Mon mari a la haine
    20 juin 2009

  14. Brèves hors comptoir
    25 juillet 2009

  15. Graffiti en péril
    25 août 2009

  16. Challenge biblique
    25 septembre 2009

  17. Une poule sur un mur
    25 octobre 2009

  18. Le sacré-sucré
    25 novembre 2009

  19. Black-blanche-beur
    25 décembre 2009

  20. Therapeutic park
    25 janvier 2010

  21. Les disparus de l’abbaye (ou l’art de noyer un poisson nommé Ichtus)
    25 février 2010

  22. Les Pokemon gothiques
    30 mars 2010

  23. Sur un air d’autoroute
    5 mai 2010

  24. Les montagnes bondissent comme des béliers
    5 juin 2010

  25. Chats échaudés
    5 juillet 2010

  26. Berceuse pour un coursier
    5 août 2010

  27. Petites variations augustiniennes en signe de reconnaissance
    15 septembre 2010

  28. De l’éthique au Cantique
    15 octobre 2010

  29. Tentations zodiaco - sacerdotales
    15 novembre 2010

  30. Arlésiennes du livre religieux
    15 décembre 2010

  31. Déchetterie, mon beau souci
    15 janvier 2011

  32. Envol d’abeilles aux éditions du Cerf
    20 février 2011

  33. Lettre à une bibliothécaire
    20 mars 2011

  34. Humeur volatile
    30 mai 2011

  35. Lettre à un jeune libraire
    30 juin 2011

  36. Un temps pour la vacance intérieure : l’abeille contre l’araignée, 1er round
    10 septembre 2011

  37. Victoire de l’abeille sur l’araignée par K.O.
    20 octobre 2011

  38. Soignés soignants et vice versa
    20 novembre 2011

  39. Humeur élastique
    20 décembre 2011

  40. Billet d’humeur festive
    20 janvier 2012

  41. Pour Louisette, lectrice par désir
    25 février 2012

  42. Libraire en colère
    25 mars 2012